Pascal Clouzard, l’ancien CEO de Carrefour France, rejoint Five Seasons Ventures en tant que senior advisor

Pascal a travaillé pendant plus de 20 ans dans le secteur de la grande distribution, en tant que PDG de Carrefour France et Espagne et membre du Comex. Il a mené avec succès la transformation numérique du groupe, en développant le e-commerce et le numérique pour lui permettre de se positionner comme un des leaders du e-grocery.

Il a acquis de solides bases stratégiques chez Kearney au cours de ses premières années d’expérience professionnelle. Il est actuellement membre du conseil d’administration de différentes entreprises de l’industrie alimentaire et numérique. Il est également senior advisor pour des sociétés de conseil. Il est le co-organisateur de Tech for Retail, le grand salon européen dédié à la transformation numérique dans le secteur de la distribution.

 

Q1: Cher Pascal, après avoir passé 20 ans chez Carrefour en France et ailleurs en Europe, vous avez maintenant l’occasion de regarder le monde de la grande distribution alimentaire d’un point de vue extérieur: quels sont selon vous les innovations (technologiques) et les changements (de business model) les plus intéressants et révolutionnaires pour le secteur?

Ayant une formation d’ingénieur, je me suis rapidement intéressé aux innovations technologiques susceptibles de bénéficier à Carrefour. Je distingue deux grands types d’innovation :

  • Les innovations liées à l’interface consommateur, que ce soit en ligne ou en magasin, comme la personnalisation de la page de recherche, le système d’abonnement, la réduction des délais de livraison, la prise de commande verbale, les systèmes de free check-out, etc.
  • Les innovations liées au back-end qui englobent l’automatisation des entrepôts (comme le fait la start-up française Exotec), la traçabilité des produits grâce à la blockchain, l’optimisation du dernier kilomètre, etc.

Je me suis également intéressé aux nouveaux business models susceptibles de concurrencer Carrefour, soit pour les répliquer en interne soit pour racheter les acteurs les plus performants. Ainsi, le rachat de Qui Toque en 2018 a permis à Carrefour d’entrer sur un marché qu’il n’avait pas su adresser jusqu’à présent : celui des meal kits.

Et si vous voulez une réponse plus détaillée, je vous recommande de participer à l’évènement Tech for Retail qui se tiendra à Paris les 30 novembre et 1er décembre et que je co-organise avec Karen Serfaty.

 

Q2: En tant que grand expert de la grande distribution, vous devez être très sollicité par l’écosystème startup. Quels sont les nouveaux entrants qui vous excitent le plus et pourquoi décidez-vous d’aider certains d’entre eux de manière plus approfondie ?

Je reconnais bien là une question d’investisseur qui cherche à dénicher la prochaine pépite (rires). Au risque de vous décevoir, les nouveaux entrants qui m’excitent le plus sont connus du grand public. Prenons le cas d’Instacart que j’ai contacté lorsque j’étais chez Carrefour : c’est une innovation qui révolutionne la livraison de courses puisque les clients n’ont plus à attendre le lendemain ou même le surlendemain pour recevoir leurs courses.

Je ne crois pas que je décide d’aider certaines startups plus que d’autres, je donne mon aide bien volontiers à ceux qui me la demandent car ce sont des sujets qui me passionnent. Je suis par exemple membre du jury David et Goliath, un concours de pitch organisé par Raise.

 

Q3: Vous oubliez de mentionner que vous êtes également au board de Everli et La Fourche – qu’est-ce que qui vous a intéressé particulièrement chez ces deux acteurs?

Ces deux acteurs s’inspirent de success story américaines : Instacart pour Everli et Thrive Market pour La Fourche. Ils s’appuient donc sur des modèles qui ont fait leur preuve à l’étranger et c’est pourquoi je crois beaucoup en eux. J’essaie de mon mieux de les aider :

  • Dans le cas de Everli, en leur ouvrant les portes des grands retailers
  • Dans le cas de la Fourche, en les conseillant sur le sourcing des produits, dans les négotiations, sur leur politique d’expansion, sur le développement de leurs marques propres, etc.

 

Q4: Vous rejoignez un nouveau fonds de VC, Five Seasons Ventures, en tant que senior advisor. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre choix et sur la manière dont vous envisagez cette nouvelle collaboration ?

J’ai connu Ivan (co-fondateur de Five Seasons Ventures) car il m’a approché pour conseiller La Fourche, et j’ai tout de suite accroché : avec Ivan et avec La Fourche (rires). J’ai été très séduit par l’idée d’un fonds spécialisé en foodtech au niveau européen car je suis persuadé que cette industrie va devenir de plus en plus mature (ce qui se traduira par des acquisitions dont les multiples concurrenceront ceux habituellement réservés au software).

Je m’efforcerai d’apporter mon expertise de la grande distribution lors de l’analyse de certains dossiers d’investissement et aux boites du portefeuille. Je pense que je peux être d’une grande aide sur les sujets d’innovations retail et sur l’élaboration de la stratégie de distribution des marques alimentaires de demain.

 

Q5: Pour finir, Carrefour vient d’investir dans Cajoo, nouvel acteur de la livraison de courses en 15 minutes. Plus généralement, les investissements minoritaires ou majoritaires des mastodontes de la grande distribution se multiplient. Que pensez-vous de cette stratégie ? Pensez-vous qu’elle puisse bénéficier aux deux parties ?

Je pense que c’est très difficile pour un grand groupe d’être une source d’innovation technologique forte. Néanmoins, il faut qu’ils innovent. L’acquisition reste donc pour eux la meilleure option, à condition de laisser les startups jouir d’une certaine forme d’indépendance post-acquisition. Pour les startups, je suis convaincu qu’une prise de participation minoritaire ou majoritaire peut représenter un véritable tremplin grâce à la création de synergies fortes, et bien sûr grâce à l’augmentation de capital.

Five Seasons Ventures
nicolas@fiveseasons.vc
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